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Quand un geste ne suffit pas à faire un sens

Un homme tente d’en pousser un autre sous un train. Le geste choque, mais il ne parle pas de lui-même. Selon que l’on mobilise Émile Zola, Fiodor Dostoïevski, André Gide ou Albert Camus, il devient déterminé, possible, gratuit ou absurde. En classe, ce type de situation permet de travailler une distinction essentielle : voir n’est pas comprendre. Le sens ne se trouve pas dans les images – il se construit.

Rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle.

Ένας άνδρας προσπαθεί να σπρώξει έναν άλλον στις ράγες. Η πράξη σοκάρει, αλλά δεν εξηγείται από μόνη της. Αν τη δούμε μέσα από τον Émile Zola, τον Fiodor Dostoïevski, τον André Gide ή τον Albert Camus, αποκτά διαφορετικές σημασίες: αιτιοκρατική, δυνατή, «δωρεάν» ή παράλογη. Στην τάξη, ένα τέτοιο παράδειγμα επιτρέπει να δουλέψουμε μια βασική διάκριση: το να βλέπεις δεν σημαίνει να καταλαβαίνεις. Το νόημα δεν βρίσκεται στην εικόνα – κατασκευάζεται.

Συντεταγμένη με τη βοήθεια τεχνητής νοημοσύνης.

Un homme attend sur un quai. Un autre tente de le pousser sous un train. Le geste est là. Le sens, lui, ne l’est pas.

Une vidéo récente [1] montre un homme tenté de pousser un inconnu sous un train. Le geste est là, brutal, incompréhensible. Mais que voit-on exactement ? Et surtout, que faisons-nous de ce que nous voyons ? La littérature, depuis longtemps, propose plusieurs manières de penser ce type d’acte. Les mobiliser, ce n’est pas « illustrer » un fait divers, c’est apprendre à ne pas s’arrêter au premier sens venu.

Un homme attend sur un quai. Un autre s’approche et, sans échange visible, tente de le projeter sous un train qui entre en gare. La scène est filmée. Elle dure quelques secondes. Elle suffit à produire un effet immédiat : sidération, rejet, besoin d’explication.

Et très vite, une question s’impose : pourquoi ?

C’est précisément là que commence le travail. Car ce pourquoi n’a rien d’évident. Il n’est pas contenu dans l’image. Il est projeté sur elle.

Chercher des causes (Zola)

Si l’on regarde cette scène à travers le prisme d’Émile Zola et de La Bête humaine, on cherchera des causes. On supposera une histoire, des déterminations, des tensions accumulées, une violence qui ne surgit pas de nulle part. Le geste devient alors l’aboutissement d’un enchaînement. Il a une origine, même si elle nous échappe. Le train, chez Zola, n’est jamais neutre : il emporte avec lui une logique, presque une fatalité.

Quand le geste devient possible (Dostoïevski)

Si l’on se tourne vers Fiodor Dostoïevski, notamment dans Les Démons, le regard se déplace. Ce qui importe n’est plus la cause, mais la possibilité. L’idée qu’un geste comme celui-là puisse surgir, presque sans médiation, comme une tentation. Non pas un acte construit, mais une bascule. Un instant où quelque chose devient pensable et, parfois, se réalise. Le mal n’est pas expliqué, il est éprouvé comme une possibilité humaine.

Agir sans raison (Gide)

Avec André Gide et Les Caves du Vatican, le geste change encore de statut. Il peut devenir un « acte gratuit ». Non pas un acte sans conséquences, mais un acte sans raison. Une manière d’éprouver sa liberté en la détachant de toute justification. Dans la célèbre scène du train, pousser un inconnu n’est pas répondre à une situation, c’est affirmer une puissance d’agir qui ne se laisse pas expliquer.

Quand le geste ne fait plus sens (Camus)

Enfin, avec Albert Camus et L’Étranger, le geste entre dans une autre dimension. Il n’est plus seulement sans raison, il est sans sens. Il advient dans un monde où les liens entre les actes et leurs significations ne tiennent plus. Ce n’est pas seulement le motif qui manque, c’est l’idée même qu’un acte doive en avoir un.

Quatre lectures, donc. Quatre manières de rendre le geste pensable. Et aucune ne s’impose définitivement.

C’est peut-être cela, le point décisif : ce que montre la vidéo ne suffit pas à produire une interprétation. Elle appelle des cadres. Elle appelle des modèles. Elle appelle un travail.

Ce que cela change en classe

Transposé en classe, ce type de matériau devient particulièrement intéressant. Non pas pour « faire réagir » ou susciter une émotion – cela, la vidéo le fait très bien toute seule – mais pour apprendre à distinguer. Distinguer ce que l’on voit de ce que l’on en fait. Distinguer le fait de son interprétation. Distinguer les différentes manières de donner sens à un même événement.

On peut alors demander de décrire la scène sans l’expliquer. Puis d’en proposer plusieurs lectures, en changeant de point de vue. Faire parler Zola, puis Dostoïevski, puis Gide, puis Camus. Non pas pour vérifier des connaissances, mais pour éprouver ce que chaque cadre permet, et ce qu’il laisse de côté.

À ce moment-là, le travail change de nature. Il ne s’agit plus de commenter un fait divers. Il s’agit de comprendre que le sens n’est jamais donné. Qu’il se construit. Et que cette construction peut être discutée.

Un même geste, alors, cesse d’être évident. Il devient un objet de pensée.

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[1Ducrotois, M. (2026, 3 avril). Un homme échappe de justesse à une tentative de meurtre sur un quai de gare. 7sur7.https://www.7sur7.be/faits-divers/un-homme-echappe-de-justesse-a-une-tentative-de-meurtre-sur-un-quai-de-gare~a5405392/


Professionnel de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis plus de trente-cinq ans, ancré en linguistique et en didactique des langues, avec une spécialisation en …

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